31.3.15

1101 - Quatre vingt dix neuf fois sur le métier...

Des fois, c'est juste d'la merde
1. Oups

Bin voilà. Tu sens le type avec des bonnes résolutions, genre promis demain j'arrête, ou je commence, on va voir ; et que je t'écrirai tous les jours, et que je posterai une miniméditation bien sentie, et que je répondrai aux commentaires, et que j'avancerai, bordel ; et puis voilà, une trad à finir, une répétition de vieux rockeurs, le sentiment d'insatisfaction tranquille qui accompagne un temps gris après une journée bricolage, et hop - quoi - je rate mon rendez-vous du lundi.

Lamentable. Je vous imagine, tous les six (vous êtes un de plus, allez savoir pourquoi) absolument pas inquiets mais tout de même ; pas déçus parce que vous avez autre chose à faire ; blasés, peut-être, encore une de ses lubies, qu'il ne mène nulle part. Oh et puis même, vous aviez des résultats d'élection, des travails (au pluriel, oui, en faisant chanter le s.). Bref, autre chose. Au fond, peut-être que ce n'était pas grave.


Bref, tu vois - le vasouillard des printemps froids de l'âme.

2. L'ennemi

Il le déteste. Réellement.
Le sentiment que lui inspire cette personne est la haine. Le rejet.
Lui - ou elle - et les siens, ce sont tous les mêmes. Des animaux. Des sous-humains. Des salopards.

Leurs sentiments sont entièrement tournés vers eux-mêmes - leur satisfaction, leur plaisir, leurs envies. Cela seul compte et pour l'obtenir ils sont prêt à toutes les bassesses, toutes les veuleries, toutes les ignorances.

Ils se reconnaissent entre eux à leur sourire, comme les hyènes - car leur lâcheté fondamentale les pousse à s'unir entre eux contre les plus faibles. Ils s'écoutent souffrir pour mieux justifier leurs abjections.

Et le pire, c'est qu'on les écoute. Qu'ils parasitent l'espace de la conversation de leur discours cadenassé.

Face à lui, face à eux, face à elle, il se sent prêt au combat - et pourtant il déteste en arriver là.
Il n'a pas le choix : c'est lutter ou mourir. Et qu'on ne lui parle pas de non-violence. Ils l'ont cherché.

Pourtant.
Pourtant, il sait - quand il regarde en fermant les yeux - qu'il est cet autre pour l'autre.
Que l'autre comme lui se sent en position de victime.

Il pense à un enfant. Celui qu'il était, par exemple. Au tout début - quand l'autre, n'importe quel autre, était un ami potentiel. Un continent à découvrir.

Ce n'était pas naïf de sa part - juste une disposition, un sentiment naturel. Ou appris, peut-être.

Il se souvient d'un autre enfant qui l'avait frappé. Et comment il avait appris à le détester.
Les histoires de vengeance qu'il se racontait - façon pour lui de reconstruire, sinon cette confiance, du moins une image de lui-même où il souffrait moins.

Certains jours, il trouve assez de calme sous sa caboche pour penser que l'ennemi est peut-être un enfant comme lui.


3. Des liens

Si tu veux écouter un peu de musique (retrouvée un peu par hasard, mais faut avouer que ça me titille, en ce moment, avec cet atelier bien rangé et pas un fil de guitare qui traîne...)
ou bien voir ce que je raconte quand on me pose des questions intelligentes, bin voilà.




27.3.15

1100 - A nous six

1. Comptage
Fondation


Donc, vous êtes cinq à venir ici régulièrement quand Fb ne fait pas de pub. Et j'ai envie de vous dire - nous dire -  que pour une fois, Brassens peut se tromper avec ses plus de quatre.

On continue à se tutoyer, donc - et n'hésite pas à intervenir quand je tourne trop en rond autour de mon petit ombilic et/ou que tu as mieux à dire.


2. Comme un pied

Il est inquiet. Agacé.
Rien ne marche vraiment comme il voudrait. Tout ce qui ne marche pas tourne dans sa tête. Ce qu'il a à faire. Ce qui lui prendra du temps - du temps qu'il n'a pas. Il voudrait être à demain pour en avoir fini - et s'attaquer à tout ce qui lui reste à faire.
Mais demain ne sera pas bien, il le craint. Les perspectives sont mauvaises. Il a peu de chance d'atteindre ses objectifs. Il s'est fixé des horizons - ils reculent quand il croit avancer vers eux.
Il fait beau, mais pas assez. Le ciel est bleu - mais il y a quelques nuages. Du vent, un peu trop. Le soleil ne le réchauffe pas.
Son corps est tendu, presque douloureux - à la limite. En réalité, il redoute qu'un faux mouvement déclenche quelque chose de plus grave. Qu'il se coince bêtement - souvent ça lui arrive.
Il est insatisfait. Ses échecs le taraudent. Tout ce qu'il a raté - tout qu'il rate en ce moment-même en se préoccupant de ce qui ne marche pas. Il rate un peu tout - sa vie en particulier.
Il sort marcher dans la rue.
La sirène d'une ambulance l'agresse.
Soudain, il se demande ce qu'il sent du bonheur. A quoi ressemble le bien-être. Comment c'est, quand il est bien ?
Il prend le mal à la racine - ses pieds.
Les jours bien, quand il marche, ses pieds sont souples. Ils ressentent le sol. Le sable, peut-être. Le sable chaud. L'herbe légèrement humide après un arrosage, une pluie d'été.
Ou encore il les réchauffe à un feu, l'hiver, en les sortant de leur gangue mouillée et froide.
Le soulagement.
Ses pieds sont souples.
Ses hanches, maintenant. Ses hanches et le bas de son ventre. Le bien-être se cache souvent dans ce coin-là.
Tour à tour il contracte ses muscles et les relâche - abdominaux, périnées, sphincters, adducteurs. Brûlure.
Et détente.
Peu à peu, l'air se dépose dans son ventre quand il respire.
Peu à peu, peut-être, il s'en contentera.


3. Trichage

Alors oui et non : le point ci-dessus n'est pas parfaitement du jour, il est resté au congélateur d'un carnet depuis un gros mois. Je sais, ça peut te décevoir, normalement ici c'est du produit frais local de saison, m'enfin bon, j'ai une excuse : c'était le premier essai dans ce nouveau petit exercice auquel je me quotidiennement - ces méditations pratiques à ne pas faire seul chez soi.

J'ai modifié deux-trois trucs au passage et te le livre tel quel.

26.3.15

1099 - On the verge of

1. Explications

Nan j'ai pas la grosse tête
Blabla, intérêt candidature, blabla richesse univers, blabla prolixe, moui, ok, d'accord et, on ne sent pas assez l'urgence, la nécessité de vouloir se lancer avec ce projet et (sic) dans une entreprise aussi ardue que celle d'une adaptation en long-métrage.
Euh... pas l'urgence ?
Ça m'apprendra à écouter mon coeur qui bat, tiens.

2. Verticales

Parfois il se demande où est sa place. Ça l'aiguillonne devant, derrière ; les projets l'appellent, les souvenirs le retiennent, il est tiraillé.
Il connaît un arbre, près d'un pont, sous lequel il va s'asseoir quand il peut.
Alors il pense aux racines de l'arbre. Qui se prolongent sous eux. Il s'imagine enraciné lui-même, descendant sous la croûte de macadam, la terre friable, puis l'argile - la roche, le magma, peut-être. Il creuse cette amarre sous lui.

Puis il remonte, doucement ; la terre les fesses le ventre la poitrine la tête - et au-dessus.

Au-dessus il y a l'air, le ciel et les nuages ; l'air encore, de plus en plus fin ; puis, au-delà, l'espace.
Il n'a aucune idée d'à quoi ressemble l'espace - c'est trop compliqué à voir, à regarder, à penser.
Alors il se renverse.

C'est vrai, quoi. Le ciel n'est pas au-dessus de sa tête - pas plus qu'en-dessous, à gauche ou à droite.
Il n'est pas posé sur la planète ; il y est accroché, repoussé par l'attraction terrestre.
En d'autres termes, il est pendu, tête en pas, vers l'espace.

Et tout ça flotte joyeusement. Les astrophysiciens ont beau tenter de décrire dans quel ordre, il sait bien que tout ça reste un géocentrisme de bon ton - cerveau trop petit pour penser l'idée même d'infini.
Il flotte, et des millions de monde s'étendent autour de lui.

Quand il se relève, il respire un bon coup. L'air sent la fumée d'échappement, le ciel est gris ou bleu, peu importe.
Il avance vers la suite.
Enfin non  - il flotte un peu plus paisible.

3. Follower

Tu ne me regardais plus depuis si longtemps
Que j'avais cessé de t'attendre
C'est à peine si je guettais
Dans le vol des corneilles
Les signes sans saveur


Je me suis tu.

25.3.15

1098 - Sed perseverare

L'oeil du fils / (c) M.P
1. Statistiques

Sans relais de FB, la fréquentation d'un post semble divisée par dix environ.
Poster tous les jours sur FB crée une usure.
Ne pas poster engendre l'oubli algorithmique.
Conclusion - se taire ou ne pas être entendu.

Il y a des jours comme ça où le printemps semble tarder.

Même si je dois pour écrire ça plisser les yeux sous le soleil qui me taquine par la baie vitrée.

2. Echec et moite

Il a échoué.
Il l'attendait tellement - il s'y attendait tellement. Ca paraissait mérité. Et plus que ça, logique.
Le marchepied pour une vie future. Pour une vie tout court : oui, là, ça allait commencer.
On le lui refuse. Le sort joue contre lui.

D'abord, il se sent vide. A quoi bon empiler les jours si ce qu'il désirait ne se réalise pas ? Sa vie ne rime plus à grand-chose. Il a envie d'arrêter. Plus la force de s'impliquer, de s'absorber dans quoi que ce soit. Ou alors juste dans l'alcool - ce serait une solution, cette euphorie mauvaise, cette allégresse neurochimique qui allège tout en lui.

L'échec, c'est l'histoire de sa vie, non ? Depuis le premier refus, le premier râteau, la première déception, tout est allé en droite ligne. Il n'a jamais eu ce qu'il mérite, n'a obtenu que ce qu'il désirait qu'à moitié.
C'est en tout cas la façon dont ce soir-là il se raconte son histoire.

Mais cela, il sait attendre que ça passe. Il reconnaît les grandes lignes, attend que le grain s'éloigne - imagine même que cette défaite pourra lui servir.

La nuit, il se réveille avec les mêmes questions. Qu'il a essayé de réduire au silence. Là encore, il les regarde danser. Attend le jour.

A nouveau il se projette - demain, demain ce sera différent.

A bien s'écouter, toutefois, il se dit qu'il se fiche un peu de l'échec (déjà son orgueil le transforme et en rejette la faute sur les autres) ; c'est juste l'absence de rêve, de lieu différent vers lequel tendre - d'objet de désir - qui le fait souffrir.

Douleur lente, anesthésiée, rectangulaire.

Il a beau se montrer patient, il n'en sort guère.

Puis une amie l'appelle. Lui dit des mots gentils, tout simples. Lui fait des compliments.

Il comprend que c'est une technique - elle fonctionne.
Une prochaine fois, il l'appliquera à quelqu'un d'autre.

Peut-être à lui-même, qui sait.

3. Retouvailles

Je t'ai retrouvée hier ; j'ai entendu ta voix ce matin ; tes mots m'ont touché. Où étais-tu, où étions-nous ? C'est si bon de se séparer pour se retrouver ensuite.

24.3.15

1097 - Déception du jour, reprend du yaourt.

1. Oh tiens j'aurais cru

Deux projets capotent coup sur coup, comme disent les anglais ; j'observe le petit baromètre de mon moral descendre vers la position "précipitations probables".
Dommage, ça vibrait bien.


2. La philantropie de l'ouvrier charpentier

Il a mal au ventre - douleur torse, aigre, vive.
Il attend pour aller prendre le train, pour un entretien, pour une épreuve ; quand elle commencera, quand le train partira, il sera il le sait dans le feu de l'action ; mais en attendant, il a juste mal au ventre. Comme avant, quand il devait partir à l'école et qu'il n'aimait pas ça.

Il tente de se détendre en respirant profondément, mais cette respiration forcée, articielle, l'agace encore plus. Il se reproche d'avoir bu ceci, mangé cela ; il aurait dû mieux le savoir, être prêt davantage. Il s'en veut de souffrir de cette anticipation immobile - et cet agacement l'agace, encore et encore.

Immobile, il écoute son coeur battre trop vite. Parce que c'est trop vite, évidemment. Il devrait, se dit-il, rester impassible, parfaitement calme, parfaitement maître de lui. Ne pas se laisser toucher par les circonstances - quel genre de personne se laisse-t-elle aller ainsi à ses émotions ?

Pourtant, en cet instant où il ne peut plus rien qu'attendre, il se risque à se laisser aller un peu. Oh, à peine - détendre ces épaules, ce ventre, c'est terriblement risqué ; imagine que sous la pression liquéfiante du coeur les sphincters ne remplissent plus leur office, ce serait du propre. Plus que de tout autre chose, il a peur d'être lâche - au double sens du terme.

Alors, vu qu'il n'a rien d'autre à faire, il essaie.

En cet instant, en ces quelques secondes où il se laisser aller à écouter la sensation qui l'habite - cœur aigu entre les côtes, ventre en mouvement, membres qui tremblent - sans retenir, sans contracter, sans lutter - il se sait exceptionnellement vivant.

A lui seul ce moment valait tout un voyage.


3. Et dire qu'à cause de tout ça je n'écris plus mes chroniques...

(la raison officielle étant "cette émission s'améliore à chaque fois, comment l'améliorer encore sinon en cessant d'écrire ?")


20.3.15

1096 - Oh et puis ça va un peu avec les titres.

Juste comme la lune.
1. Des règles drastiques de sécurité et de propriété intellectuelle...

n'ont rien à voir avec le fait que dorénavant, je ne signalerai plus ces quotidiennetés sur feubeu.

C'est juste que voilà. Du coup, on sera entre nous.




2. L'éclipse

A chaque éclipse, il s'efforce de se rappeler que les éclipses n'existent pas. Que nulle part dans l'univers sinon dans une portion d'espace grande comme un ongle il n'y a d'alignement entre un astre et un autre.
Que des infinités d'éclipses se produisent en permanence dans l'infini du cosmos. Ça dépend juste de l'endroit où on se place.
Le phénomène (son nom l'indique) n'existe pas. C'est simplement une perspective, un point de vue.
La réalité est un phénomène.

Ça ne l'empêche pas de s'émerveiller. D'observer les couleurs, ces gris jaunes et froids qui font gémir les chiens et croire à la fin du monde. Ça ne l'empêche pas de craindre - mais il s'efforce de se le dire, de se le répéter pour s'extirper de ses propres inquiétudes : rien de ce qu'il voit n'existe. La seule chose qui existe, c'est ce qu'il voit.

Ça revient au même. Un jour, il fermera les yeux plus longtemps que d'habitude et le monde disparaîtra.

Il y aura peut-être un endroit d'où l'on voit toutes les éclipses - et toutes les absences.

3. Friendship

Son père lui dit un jour (c'était ce fameux jour, cette fameuse discussion pour laquelle il les aurait cru prêts tous les deux) qu'il avait toute sa vie préféré la compagnie des femmes - et que cela le gênait. Que ses amis proches étaient des amies. Était-ce un exemple pour un garçon ?

Il s'étaient un peu retrouvés dans cette particularité, dans cette impression de ne jamais se sentir tout à fait assez bien - assez fort, assez haut, assez drôle - en compagnie des mâles. D'avoir besoin de mansuétude, de tendresse, féminines dans leur essence.
C'était une ressemblance, oui - mais qui du coup les éloignait, puisqu'il ne trouvaient somme toute pas grand-chose à se dire à ce sujet.
(Devait-il le rassurer, l'absoudre, lui-même qui se sentait perdu au-delà des mots ?)

4. Perspectives

Lundi à Paris - un peu Fémis, un peu Salon. Éventuellement, on s'y.

19.3.15

1095 - Oh tiens, c'était le titre de

4.  Ah oui au fait

Vingt minutes max par séance, pour le rythme. Ce qui fait que bon, quand la technique merdoie, c'est à toi de remettre de l'ordre dans tout ça à cause que.


2. Vitesse

Ces jours où il a trop à faire. Ces jours où il fait tant. Où - non, justement - rien ne se fait. Ces jours où rien n'avance, où chaque obstacle est une montagne, chaque diversion un appel vers le large - qu'il suit.
Et il se perd.
Certains jours il s'arrête comme pour respirer, sourit en énumérant dans sa tête tout ce qu'il a fait, enchaîné, terminé depuis le matin. Il en est fier, plein d'orgueil.
Ne rien faire - là est le problème.
Il essaie de s'y contraindre. De poser quelque chose. De se créer des cadres, pour se contenir, pour se reposer.
Ou pour se retrouver, peut-être.
Ces jours où les faits le débordent, il aimerait respirer. Mais respirer reste difficile - soulever la cage thoracique ou bien le diaphragme, contracter le ventre ou le détendre. Il a beau observer, prêter attention, la mécanique lui semble trop complexe pour un seul corps.
Il aimerait descendre dans la caverne tranquille de son ventre - qu'il explorait, avant, avec diverses drogues et des mensonges envoûtants. Mais a-t-il le temps de préparer ce rappel ?
Non, bien sûr.
Trop de choses à faire.

3. Tourner la tête vers le jardin

et penser qu'il y a trois ans juste derrière ce mur, et cet autre, un gamin aveuglé tuait d'autres gamins.
Je ne sais pas prier, pas vraiment. Pas autrement qu'en regardant les violettes qui boivent un peu de soleil et en me disant qu'au final, il y a toujours plus de coeur et d'intelligence que de colère et de peur, plus d'amour que de haine.
Chercher ça, en tout cas.


1. Peut-être que ça se trouve encore sur les internets

... ah bin non on ne trouve plus la trace du projet de l'ami Sylvain qui portait le même titre que. En revanche,il y a son nouveau truc, avec le Pomès. Et c'est très,



18.3.15

1094 - Pouf, pouf

1. Foi de volaille

C'est tout ce que j'ai comme photo d'arbres
N'empêche que le plus dur, ce n'est pas le jour où tu t'y remets - mais bien le lendemain, quand le souffle te manque.
Ou alors, c'est la gueule de ? Première soirée "old school" à la nouvelle maison. J'ai des photos qui le prouvent et une bouteille d'armagnac qui fait moins sa maline.
Ca faisait longtemps que je n'avais pas écrit sous l'influence. Mais bon - j'ai arrêté le paracétamol.
Venons-en au.



2. Le bosquet
(Pour C.)

Par la fenêtre, il regarde les arbres au loin, entre la chambre et les immeubles en construction. Ce n'est pas un bois, pas une forêt - le mot bosquet lui vient à l'esprit, mais sa connotation de fraîcheur, de nature, ne convient pas. Ce sont juste des arbres plantés là, en un carré plus ou moins régulier. Ils attendent que la ville les rattrape et les absorbe.

Malgré la distance, il devine les ronces qui envahissent le sol. Les branches sont noires et nues.

Il pense que quelqu'un a planté ces arbres avant sa naissance. Avant leur naissance à tous, même. Que peut-être ils seront encore là quand il mourra.

Que les arbres sont tranquilles, eux, même au loin, même vus de haut, même en hiver.

Sur son lit, elle parle de littérature. D'un livre qui va sortir, qu'elle leur recommande.

Il est heureux d'entendre l'enthousiasme dans sa voix.

Dans cette chambre d'hôpital, tous savent que c'est leur dernière rencontre. Ils pleurent un peu, bien sûr - mais ils parlent de ce qu'ils aiment.

Il se demande s'il vaut mieux être un arbre ou pouvoir aimer les livres.


3. Question qui 

- Et toi, Papa, tu as des maîtresses ? m'a demandé Anton il y a quelques mois.
Je lui ai répondu que techniquement, la question ne se posait pas tant que je n'étais pas marié.
Quand même, ces gosses. Je n'aurais jamais osé demander ça à mon père.


4. Conclusion et moralité

Oué bin n'empêche, j'aurais fait mieux plus à jeun (pensa-t-il en se resservant un verre).

17.3.15

1093 - Reprendre l'entraînement

La gnaque, bordel.
1. Le souffle, petit. Et le coeur

On se dirait ce matin-là, bon, et s'il était temps de s'y remettre ? C'est vrai quoi, on a beau avoir mille projets qui tiennent la route, l'abordent ou la quittent, faut savoir revenir aux fondamentaux - cul sur la chaise, doigts sur le clavier. Histoire de pas s'empâter, bien sûr. Et puis de chercher de nouveaux trucs.



2. Le mode avion

Régulièrement - plusieurs fois par semaine - il coupe son téléphone ; le met en mode avion.

C'est sa façon à lui d'arrêter un peu le manège du monde. Sortir du réseau, devenir inaccessible, rester à distance.

Il ignore pourquoi il lui semble plus fort, plus intense, de passer en mode avion plutôt que d'éteindre le téléphone. À cause du nom, peut-être. Ou bien de la joie moqueuse qu'il y a à laisser le petit tyran domestique avec toutes ses fonctions, allumé, capable de donner l'heure - et coupé, muet, tranquille.

Les ondes rebondissent sur eux.

Dans ces moments-là, il s'assied parfois en tailleur, ferme les yeux, respire. Parfois aussi, il marche - il n'écoute rien d'autre que ce que ses pieds disent du sol. Que le bruit de ses pensées à mesure que l'agitation électronique se calme, qu'elles fondent comme des nuages sous le vent.

Il ressent bien sûr les tensions dans sa nuque, ses épaules ; son ventre qui lui fait mal (son ventre étrangement ne semble capable d'évoquer que deux sensations - le vide et la douleur. Le reste du temps, le ventre ne dit rien, n'émet pas. Alors, il lui prête attention dans ces moments, comme on invite un chanteur timide à s'exprimer devant les autres).

Il se souvient du temps d'avant, où il aurait souhaité être plus connecté aux autres. Du temps des lettres qu'on attendait, des coups de fil qu'on ratait. Il se souvient de ses colères, à l'époque - il essaie de se souvenir de la paix, aussi. Incroyable comme le temps a peuplé le monde de liens autour de lui.
Il respire, respire encore, s'efforçant d'oublier jusqu'au mode avion ; d'oublier la petite voix qui lui reproche toujours de n'être pas assez - détendu, libre, heureux.

L'injonction de cette voix-là, au fond du mode silence, explique peut-être pourquoi il est si prompt à rallumer son portable.

3. Jamais 203

Mais si on se dit ça des maisons, des mariages, des femmes, des enfants, on reste seul pour toujours, non ?


16.3.15

1092 - Un point dans le temps

1. Finitions

Ça y est - en quelque sorte. La maison se dresse fièrement sur le faubourg, le roman est parti de ma boîte d'envoi vers des lecteurs bienveillants et des relecteurs attentifs. Désormais, tout n'est plus qu'affaire de finitions - une trentaine d'années pour la maison, un peu moins je le souhaite pour le livre. Mais voilà : des aventures se terminent, d'autres commencent. Un joli point d'équilibre qui méritait quelques signes.

Et puis, surtout, ça :

2. Pom-pom, pom pom pom pom pom pooom...

(c) R. Bouscary


Avec deux petits anges dans le dos (merci à C.G de nous les avoir prêtés pour l'occasion, mais nos 4 grands nous auraient masqués...)

Et merci, toi, d'être là. Toujours.


3. Parce que c'est bien un 3 aussi

...


4. Péché d'orgueil (confessé sera vite pardonné)

Oui, je l'avoue, j'ai cédé - c'est sur FB que j'ai publié l'autre matin ces lignes, au lieu de venir ici.
Qui a parlé de fidélité ?

Il y a dans le ciel un nuage qui
ne ressemble pas à ton visage mais
à un rayon de poussière caressé par le vent

- ton absence découpe des traits géométriques
dans mes respirations.


(Boire un thé sans penser à toi)